une journée inoubliable !

Le texte qui suit est un essai de synthèse des déclarations faites par Angelo Branduardi et des réponses apportées aux questions posées par le journaliste Ezio Guiatamacchi  et par les personnes présentes au siège des Editions Hi folks ! le 20 février 2010. Dans un climat serein et amical, l’artiste a dialogué avec l’assistance, celle-ci étant composée de membres du groupe des Branduardi’ans  venus de France, d’Allemagne et de Suisse et de ceux de la Locanda del Malandrino.

I/ L’HOMME ET L’ARTISTE


Après un rappel des débuts de sa carrière, Angelo Branduardi évoque sa famille, principalement ses deux filles, Sarah et Maddalena. Cette dernière, musicienne –elle est violoncelliste- vit aujourd’hui à Londres. Il parle ensuite du concert qu’il vient de donner à Rome à l’occasion de la clôture du Carnaval. Ce concert s’est avéré être un succès malgré les conditions difficiles dans lesquelles il s’est déroulé : concert sous chapiteau, sur la Piazza del Popolo, température glaciale …mais public enthousiaste ! Ce concert de musique Renaissance et baroque consacrée principalement au Carnaval préfigure la sortie du septième CD de la série des Futuro Antico.

Rapidement, le « récit » devient plus intime et Angelo, en confiance (?), n’hésite pas à parler de lui comme il le ferait avec des amis plus proches. C’est en tous cas l’impression que nous avons eue en sa présence.

Son inquiétude, déjà évoquée parfois lors de certaines interventions antérieures, nous est ici dévoilée dans un souci de sincérité, afin de se montrer tel qu’il est réellement et non tel que sa musique, gaie et heureuse le plus souvent, peut nous le laisser imaginer : « je suis un homme différent, je cherche la paix, le calme… ». Puis il parle de cette hypersensibilité qui engendre chez lui un stress permanent, la solitude et aussi  le désir de « s’échapper », désir, en quelque sorte « d’exotisme ». Lorsque sont alors évoqués les voyages qui, à d’autres personnes permettent cette sorte d’évasion, il déclare que, chez lui, les voyages sont essentiellement mentaux : dans la réalité, il voyage peu, exception faite bien sûr des déplacements pour les concerts et prestations radio et autres. A ses débuts, dit-il, il lui était très difficile de parler de ce « soleil obscur »… En fait, il y a l’artiste, d’une part, et l’homme d’autre part. Et l’homme est sombre, très sombre, parfois jusqu’à la dépression. Ainsi, l’album Il Ladro est l’album de la dépression et quand certains disent que c’est leur préféré, il répond : peut être …

Il lui faut, pourtant, paraître en public. Une préparation est indispensable afin « de ne pas trop souffrir » : certains gestes, par exemple et actions.  Ainsi, durant les trajets, assis à l’avant du bus, il s’applique à regarder défiler les paysages. Et puis, il y a la lecture d’ouvrages extrêmement simples. Enfin, une heure avant un concert, il lui faut s’isoler, ne plus parler, « faire le vide », « laisser aller ». En fait, toute la journée est conditionnée par ce concert du soir, tout ce qu’il fait l’est en vue des 2 ou 3 heures à venir.

Le déroulement du concert auquel il s’est préparé dépend non seulement de lui, mais aussi de la façon dont le perçoit, le reçoit, le public : se crée alors « le cercle magique » car « si les gens sont heureux » dit-il « je suis heureux, s’ils ne le sont pas, je ne le suis pas ». L’accueil, la sympathie, la chaleur du public sont fondamentaux.

Mais il est passé en quelque sorte dans un autre monde dont il faut revenir, « faute de quoi on devient fou ». Du reste, certains n’en reviennent pas (s’en suit une allusion à Marylin Manson…). Mais Angelo est dans un tel état après un concert (transpiration, « montée d’adrénaline », tremblements…) qu’il lui faut au moins une heure pour opérer ce retour et décompresser. Il a ensuite besoin de se sentir chez lui, et donc de se retrouver dans un environnement simple, même s’il doit dormir dans un hôtel : il ne se sent pas bien dans un hôtel trop luxueux trop différent du cadre dans lequel il aime vivre.

II/ SON PARCOURS


Enfance et adolescence

Angelo rappelle sa naissance à Coggiano, l’installation de sa famille à Gênes, les problèmes financiers qui, une fois sa formation au Conservatoire terminée l’ont empêché, malgré ses dons, d’intégrer une Académie renommée et conduit à s’inscrire dans une école de tourisme à Milan. Il évoque aussi sa solitude face aux autres enfants du quartier dans lequel ils habitaient : ces enfants se moquaient de lui car il jouait du violon, chose exceptionnelle alors dans ce quartier défavorisé. Il rasait les murs pour ne pas se faire remarquer ! D’autre part, pas question de s’abîmer les mains, dont impossible de pratiquer un sport comme les autres gamins. Résultat : un enfant et un adolescent marginalisé, se sentant différent – par son talent, par ses activités…- … et sans doute aussi terriblement seul.

Ceux qui ont compté dans sa formation

Angelo évoque brièvement les encouragements et la fierté de son père, l’indifférence –réelle ? ou ressentie comme telle ?- de sa mère, au moins à ses débuts.
Le rôle de son premier professeur, Augusto Silvertri, a été fondamental. Il enseignait en effet selon la méthode en usage en Europe de l’Est, celle qu’utilisaient, par exemple, tous les grands violonistes juifs de Russie. Elle a pour caractéristiques essentielles un vibrato très étroit et, en quelque sorte, une violence plus forte que celle de la méthode dite franco-belge. Aujourd’hui encore, si le son d’Angelo Branduardi violoniste est un compromis, ce son spécial est resté dominant (on le nomme la « cavatta »).

Les artistes qu’il écoutait

Branduardi adolescent écoutait des artistes très connus. Au début de sa carrière, il s’en est, sinon inspiré, du moins en a subi une certaine influence. Ont ainsi été cités :Bob Dylan,  Elton John , Cat Stevens (pour ses phrases rythmiques), Donovan (pour ses textes), de grands chanteurs français comme Georges Brassens dont il connaissait le répertoire par cœur, Jacques Brel, Georges Moustaki et Serge Reggiani.

Ceux qui ont cru en lui et ceux qui doutaient

Angelo a eu la chance, au début de sa carrière, de rencontrer des personnes qui ont compris son talent. Outre de jeunes musiciens devenus ses amis comme Maurizio Fabrizio, il signale ce producteur de chez RCA qui, alors que jeune violoniste, il accompagnait d’autres chanteurs, lui a suggéré de chanter lui-même : il n’y avait jamais songé et n’avait jamais travaillé sa voix.

 

Autre encontre décisive : celle de Paul Buckmaster, arrangeur anglais qui travaillait avec des artistes reconnus comme Elton John. Son premier disque ayant été rejeté, Angelo lui avait écrit en joignant une cassette. Avant même d’écouter ladite cassette, Buckmaster a accepté de l’aider, confiant dans celui à qui il déclara : « je sens que tu as du talent pour parler aux hommes et aux animaux ». Il a fait travailler longuement Angelo Branduardi et aussi son ami Maurizio Fabrizio.

Angelo, à propos de Buckmaster, relate deux anecdotes : la première concerne l’accueil à l’aéroport de Rome lorsqu’Angelo est allé le chercher dans la vieille Fiat de la famille, dans un état tel que des rubans adhésifs masquaient la rouille, la deuxième la visite de la basilique de Saint Pierre de Rome. Au cours de cette visite, pendant qu’Angelo contemplait la Piétà de Michelange, Buckmaster s’était mis à crier et fulminer contre « les marchands du Temple et… les Francs – maçons » : ?!!

Dès lors, et au fur et à mesure qu’il s’affirmait et que son succès grandissait, Branduardi a multiplié les rencontres (artistes, poètes, cinéastes…), rencontres souvent riches de conséquences. Elles ont d’autant plus apporté à Angelo que, dit-il « je suis comme une éponge, j’emporte les gens que je rencontre ».

Lorsqu’Odile fait remarquer qu’il n’évolue pas dans n’importe quel milieu et donc que ces rencontres ont toutes les chances d’être fructueuses et ne sont pas le fruit du hasard, Angelo reconnaît que si certaines ont été fortuites, beaucoup sont aussi le résultat de choix, de concours de circonstances et d’enchaînements.

En revanche, d’autres personnes, à des moments décisifs, ont douté » de lui et du succès de certaines entreprises… et elles se sont trompées ! Deux d’entre elles sont évoquées : tout d’abord ce responsable de RCA, stupéfait du projet de « La foire de l’Est » : « Je ne sais pas comment vous allez survivre avec cette c… ! »… d’où la réplique d’Angelo : « cher Monsieur, je vous survivrai ! » Rappelons que l’album intitulé La fiera del Est a été celui qui a battu tous les records de vente !

Vient ensuite cet autre directeur de maison de disques perplexe devant l’Infinamente piccolo et des projets de représentation : « Vous aurez treize personnes en maillot de bain et claquettes aux pieds ! ». Trois cent cinquante représentations ont été données dans toute l’Europe et les CD vendus sans passage à la télé ou à la radio…

III/ QUELQUES PAROLES D’ANGELO CONCERNANT LA MUSIQUE ET LES ARTISTES


La musique

Son écriture, son interprétation ne sont pas des actes anodins. Angelo rappelle que dans l’Evangile selon Saint Jean et aussi dans l’hérésie cathare, il existe deux niveaux de réalité :

La réalité « basse », celle de notre monde terrestre

La réalité « haute », celle de la beauté, de la lumière et aussi de la musique. Le divin appartient à cette réalité et la musique se confond avec lui « : « Dieu est le son et le son est Dieu ». En se posant, les notes perdent cette capacité de chanter, cette part de divin ; seuls des magiciens, des chamanes peuvent encore entendre et comprendre cette réalité qui confine au divin. Eux seuls peuvent écouter la terre, les éléments de la nature, les pierres et retrouver l’harmonie.

Mais Jouer, chanter, peuvent être pour celui qui possède ce don, ce talent, source de douleur. Le talent « est extase, tourment, il n’est pas gratuit ». Revenir de cet autre monde que l’on a atteint par la musique peut aussi être source de tourment.

Une musique comme la sienne n’est possible que si l’on possède ce talent (avec toutes les conséquences qui en découlent), mais aussi si l’on possède une formation spécifique : le répertoire classique est indispensable. Et tout ceci ne suffit pas si l’on ne possède pas une grande capacité de travail (rappel : 10% d’inspiration, 90% de transpiration !).

Méthodes de travail

Lors de tout déplacement, Angelo emporte toujours du papier musique afin de noter les thèmes qui lui viennent à l’esprit. Cependant, il n’écrit pas tout de suite car « c’est dans la tête, au début que la musique est la plus belle ». Après vient la notation des différentes voix et du thème mélodique.

La voix

A Liliane qui lui demande s’il a travaillé sa voix, Angelo répond que non, contrairement à certains chanteurs, – du reste, au début, il ne songeait pas à chanter - . Mais le tabac l’a modifiée et elle est aujourd’hui plus forte. Quant à sa diction bien particulière, elle vient, pense-t-il, du travail effectué au violon : il dit imiter ce qu’il fait au violon et rester toujours et avant tout  un violoniste. Ceci explique une diction parfois saccadée.

Lorsqu’Odile fait remarquer qu’il chante en français exactement comme il le fait en italien et que les fréquences sont les mêmes, il acquiesce, puis confie qu’il y a peu de chances aujourd’hui pour qu’il chante d’autres chansons en français après la mort d’Etienne Roda-Gil.

Débuter dans la chanson aujourd’hui

Cela lui paraît bien difficile, contrairement à l’avis d’Ezio qui pense que cela ne l’est ni plus ni moins. Au début, on a besoin d’être aidé. Les rencontres peuvent s’avérer décisives. Il faut aussi que l’on vous fasse confiance. Il y a trente ans, des maisons de disques pouvaient miser sur un artiste et « le cultiver pendant plusieurs décennies ».Elles acceptaient l’idée d’un échec du premier album et misaient sur le second et surtout le troisième. Aujourd’hui, il faut compter sur toutes sortes de médias donnant des possibilités de se faire connaître, mais il faut aussi compter avec le souci constant de rentabilité immédiate. Et ce n’est pas compatible le plus souvent avec le talent, « c’est une illusion de penser que tout le monde a le don de faire de la musique ». Un disque coûte cher. Alors, la production est souvent médiocre. Résultat, les chanteurs disparaissent et sont jetés au bout de six mois et parfois moins ! « Je suis désolé, mais la musique n’est pas démocratique… ».

Enfin, à la question  de Liliane : « Imaginez-vous vos chansons interprétées par d’autres » ? Angelo répond que cela n’est jamais arrivé… et n’arrivera sans doute jamais, sauf une fois avec Michel Legrand ?

Claudette








Cette journée a été organisée par :

Ezio Guaitamacchi

Jam - Viaggio nella musica
Cooperativa giornalisti Seven Arts
Milano Due / Via Fratelli Cervi - Residenza Archi
20090 Segrate, Milano

 

 

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